Les œuvres à voir au musée Gustave Moreau

Un musée qui se lit de bas en haut
Le musée n’a pas de parcours fléché, et les cartels sont rares. C’est voulu, dans l’esprit du testament : Moreau demandait que l’on conserve « ce caractère d’ensemble » qui montre la somme de son travail. Le mieux est donc de suivre l’ordre de la maison, du rez-de-chaussée aux grands formats du dernier étage. Voici comment je le fais visiter.
Rez-de-chaussée : le cabinet de réception et les copies
Six petites pièces donnent sur le jardin. Quatre d’entre elles présentent des dessins et des copies d’après les maîtres italiens, faites par Moreau jeune. Le cabinet de réception, remis dans son état d’origine en 2003, était la pièce où il recevait. Regardez les copies : elles disent d’où viennent ses couleurs et ses figures. On y trouve aussi l’Autoportrait de 1850, à vingt-quatre ans, sérieux comme un notaire.
Premier étage : l’appartement
Salle à manger, chambre, boudoir, couloir, cabinet-bibliothèque, ouverts au public depuis 1991 seulement. Les murs sont couverts de tableaux de famille, de souvenirs, d’œuvres d’amis. Le portrait de Moreau par Degas est là, ainsi que des toiles de Jules-Élie Delaunay et une nature morte de Jan Fyt. C’est un intérieur du XIXe siècle conservé tel quel, encombré et sombre, et c’est ce qui fait la différence avec un musée ordinaire.
Deuxième étage : le grand atelier
On arrive par l’escalier principal, et le plafond monte d’un coup. Les toiles sont accrochées sur plusieurs rangs, jusqu’en haut. C’est l’étage des œuvres moyennes et des inachevés. Les Chimères (1884), une foule de femmes et de monstres sur une falaise, est la plus difficile à lire et la plus riche. Les Licornes, des dames en robes brodées au milieu d’animaux blancs, est celle que tout le monde photographie. Orphée sur la tombe d’Eurydice, Prométhée, L’Enlèvement d’Europe sont sur les mêmes murs. Et la version peinte de L’Apparition, vers 1875, la tête coupée devant Salomé, celle qui a bouleversé Huysmans dans À rebours.
Ici commence l’escalier en colimaçon dessiné par Albert Lafon en 1896. Il tourne serré, il est en fer, et il mène au dernier atelier. Je laisse toujours les gens le monter en silence.
Troisième étage : les très grands formats
C’est l’atelier des toiles hautes comme des portes cochères. Jupiter et Sémélé (1895), le dieu assis sur un trône couvert de figures, la mortelle foudroyée sur ses genoux, est l’œuvre de la fin, celle où Moreau a mis tout ce qu’il savait. Le Retour des Argonautes (1891-1897) est resté inachevé, et l’on voit le dessin sous la couleur. Les Filles de Thespius aligne des dizaines de figures sur toute la hauteur de la toile. Ce sont des tableaux que l’on regarde de loin, puis de très près, puis de loin encore.
Reculez jusqu’à la baie vitrée pour Jupiter et Sémélé : c’est de là que Moreau le regardait. Puis approchez-vous du trône. Chaque figure, chaque pierrerie, est peinte comme une miniature.
Les meubles à dessins
Moreau a lui-même conçu des meubles à volets pivotants pour ranger ses dessins, et ils sont toujours là, sur les deux ateliers. On ouvre un volet, puis le suivant, comme les pages d’un livre debout. Plus de 13 000 feuilles y dorment : études de mains, de drapés, de chevaux, variantes d’un même visage. Aucun autre musée de Paris ne laisse le visiteur feuilleter ainsi les archives d’un peintre. Comptez ce temps dans votre visite, comme je l’explique sur la page Combien de temps dure la visite ?.
Ce que la collection contient, en chiffres
Près de 14 000 œuvres : environ 1 200 peintures, dont beaucoup d’esquisses ou de toiles inachevées, 350 aquarelles, plus de 13 000 dessins et 15 cires. Depuis la rénovation achevée en 2015, un cabinet d’arts graphiques et des réserves permettent d’en prendre soin. L’histoire de ce rangement est sur la page histoire de la maison-musée.
Les œuvres célèbres qui ne sont pas ici
Il faut le savoir pour ne pas les chercher. Œdipe et le Sphinx (1864) est au Metropolitan Museum de New York. Orphée (1865), Galatée et Jason sont au musée d’Orsay, à vingt minutes par la ligne 12 ; l’aquarelle de L’Apparition (1876) relève aussi d’Orsay et du cabinet des dessins du Louvre. Salomé dansant devant Hérode (1876) est au Hammer Museum de Los Angeles, Moïse exposé sur le Nil (1878) au Fogg Art Museum de Cambridge. Le Sphinx deviné et Salomé au jardin, tous deux de 1878, sont en collection particulière. Pour voir les toiles d’Orsay avec quelqu’un qui les explique, les visites guidées d’Orsay sont la bonne suite. Et pour comprendre l’homme derrière tout cela, la page Qui était Gustave Moreau ?.
Enchaîner avec Orsay
Le billet du Moreau donne droit à un tarif réduit à Orsay. Une visite guidée de deux heures, l’après-midi, passe devant les Moreau, puis devant Manet, Degas et Van Gogh.
Questions fréquentes
Quelle est l’œuvre la plus connue exposée au musée Gustave Moreau ?
Jupiter et Sémélé (1895), au troisième étage. Suivent Les Chimères (1884), Les Licornes et la version peinte de L’Apparition. Comptez une heure et demie pour les voir sans courir, comme je l’explique sur cette page.
Œdipe et le Sphinx est-il au musée Gustave Moreau ?
Non. La toile de 1864 est au Metropolitan Museum de New York. Le musée conserve en revanche des études et des variantes dans ses meubles à dessins.
Où sont les tableaux de Moreau au musée d’Orsay ?
Orphée (1865), Galatée et Jason y sont accrochés. Les visites guidées d’Orsay passent par les salles symbolistes avant les impressionnistes, et le billet du Moreau donne droit à un tarif réduit à Orsay.
Peut-on toucher les meubles à dessins ?
Oui, c’est le principe : on ouvre les volets pivotants un à un pour feuilleter les dessins, debout, sans les toucher eux-mêmes. Les enfants adorent, voir la page visiter avec des enfants.
Combien d’œuvres compte le musée ?
Près de 14 000 : environ 1 200 peintures, 350 aquarelles, plus de 13 000 dessins et 15 cires, toutes issues du legs de 1897 raconté sur la page histoire du musée.