Les élèves de Gustave Moreau

Un symboliste chez les futurs fauves
C’est le paradoxe que je préfère raconter au troisième étage, devant Jupiter et Sémélé. Le peintre le plus fermé de son siècle, celui des mythes et des pierreries, a formé les jeunes gens qui, sept ans après sa mort, allaient faire hurler le Salon d’automne avec des couleurs pures posées à plat. Le fauvisme est né, dit-on, dans l’atelier de Gustave Moreau. Ce n’est pas tout à fait faux.
1892 : l’atelier des Beaux-Arts
Moreau a soixante-six ans quand il accepte, en 1892, un poste de chef d’atelier à l’École des beaux-arts de Paris. Il n’avait jamais enseigné. Il le fait jusqu’à sa mort, en avril 1898, six années pendant lesquelles 125 élèves passent par son atelier. Sa méthode surprend : il ne demande pas qu’on peigne comme lui. Il fait copier les maîtres, comme il l’a fait lui-même, et il demande à chacun de trouver sa propre couleur. Cette liberté était rare dans une école qui formait surtout des peintres de Salon.
Le contraste avec sa propre maison est saisissant. À la même époque, il demande à l’architecte Albert Lafon de transformer l’hôtel de la rue de La Rochefoucauld en musée, et il y accroche des toiles où chaque pierrerie est peinte à la loupe. Le professeur et le peintre ne sont pas en désaccord : il enseignait la méthode, pas le style. Sa biographie complète est sur la page Qui était Gustave Moreau ?.
Les noms à retenir
Henri Matisse. Le plus célèbre. Entré dans l’atelier après des débuts difficiles, il y trouve un maître qui le laisse chercher. Le Matisse fauve de 1905 doit à Moreau moins une manière qu’une permission.
Georges Rouault. L’élève préféré, et le plus proche. Il ne deviendra pas fauve : sa peinture noire et cernée s’en écarte. Mais c’est lui que l’on choisit, à l’ouverture du musée le 14 janvier 1903, comme premier conservateur. Il le reste jusqu’en 1922, veillant sur les ateliers de son maître pendant près de vingt ans. George Desvallières, autre élève, prend la relève en 1930.
Albert Marquet, Henri Manguin, Charles Camoin. Les trois autres fauves de l’atelier. Marquet, ami de Matisse dès les Beaux-Arts, deviendra le peintre des quais et des ports. Manguin et Camoin exposent avec eux en 1905, quand la critique invente le mot « fauves ».
Au deuxième étage, cherchez les esquisses les plus libres de Moreau, celles où la couleur est posée en taches sans dessin. Elles datent de ses dernières années, et l’on comprend d’un coup ce que Matisse et Marquet ont pu voir chez lui.
Le fauvisme est-il né rue Bonaparte ?
Je réponds en général : en partie. Le fauvisme doit aussi à la génération qui précède, et à ce que ces peintres ont fait après la mort de leur maître. Mais l’atelier Moreau a réuni, entre 1892 et 1898, un noyau de jeunes peintres qui se connaissaient et travaillaient ensemble, et il leur a donné un professeur qui ne les a pas brisés. Sans cet atelier, on ne voit pas bien où Matisse, Marquet, Manguin et Camoin se seraient rencontrés.
Ce que le musée montre de l’enseignement
Rien de direct : les toiles des élèves ne sont pas ici, elles sont dans d’autres musées, à Orsay ou ailleurs. Mais la maison montre la méthode. Les copies d’après les maîtres italiens au rez-de-chaussée sont celles que Moreau faisait faire à ses élèves ; les meubles à dessins montrent comment il travaillait un motif par dizaines de variantes. Le parcours est décrit sur la page les œuvres à voir, et l’histoire du legs et de l’ouverture sur celle de la maison-musée.
Voir les élèves à Orsay
Orsay conserve les Moreau du grand public, Orphée, Galatée, Jason, et l’on y passe des symbolistes aux impressionnistes en quelques salles. Les visites guidées d’Orsay font ce trajet en deux heures. Voici les disponibilités de la visite en groupe.
Questions fréquentes
Matisse a-t-il vraiment été l’élève de Gustave Moreau ?
Oui, à l’École des beaux-arts de Paris, où Moreau était chef d’atelier de 1892 à 1898. Marquet, Manguin, Camoin et Rouault y étaient aussi. La biographie du maître est sur la page Qui était Gustave Moreau ?.
Pourquoi dit-on que le fauvisme est né dans l’atelier de Moreau ?
Parce que quatre des fauves du Salon d’automne de 1905, Matisse, Marquet, Manguin et Camoin, s’y sont rencontrés et y ont appris à chercher leur propre couleur plutôt qu’à imiter le maître.
Georges Rouault a-t-il dirigé le musée ?
Oui. Ancien élève, il en a été le premier conservateur, de l’ouverture le 14 janvier 1903 jusqu’en 1922. Le récit complet est sur la page histoire de la maison-musée.
Peut-on voir des œuvres de Matisse au musée Gustave Moreau ?
Non, le musée ne conserve que le legs de Moreau. Pour voir les élèves, il faut aller dans d’autres musées, Orsay en tête. Les visites guidées d’Orsay passent devant les Moreau puis devant la génération suivante.